Le mythe de la crise économique qui arrive

Les principaux économistes sont divisés quant à la probabilité d'une récession ou d'un effondrement économique imminent.

Certains prédisent que cela pourrait se produire dès 2020, d'autres sont plus prudents quant au calendrier exact et enfin d'autres affirment que cela ne se produira pas du tout. Cependant, une chose est certaine : les dirigeants de toutes les industries adoptent de plus en plus des comportements d'aversion au risque.

Selon des études récentes, 33 % des dirigeants craignent qu'un ralentissement de l'activité économique ne devienne le principal obstacle à la croissance de leur entreprise. 93 % de ces mêmes dirigeants prévoient une forte croissance économique, dont 76 % prévoient des taux de croissance de 6 % à 15 % pour l'année 2019. Bien que la contradiction dans cet aperçu statistique soit évidente, la question demeure : qu'est-ce qui fait craindre aux dirigeants une crise économique potentielle et donc freine leur engagement dans des projets stratégiques ?

Pour trouver la réponse à cette question capitale, l’analyse des indicateurs classiques de santé d’une économie permet de jauger avec pertinence son orientation.

L'un des indicateurs les plus utilisés est la variation annuelle du produit intérieur brut (PIB).

Les perspectives de taux de croissance du PIB réel dans le monde, établies par le Fonds monétaire international (FMI), révèlent une tendance opposée à celle attendue en cas de récession émergeante : les prévisions de taux de croissance sont positives pour presque toutes les économies des régions du monde, pour la période 2019 à 2021.

L'Asie-Pacifique (5,1 %) et l’Asie de l’Est (5 %) affichent notamment des taux de croissance solides. L'Afrique du Nord est également très dynamique, avec des taux compris entre 4,2% et 4,4%, suivie par l'Amérique du Nord (environ 2%) et l'Europe (environ 1,7%). Et ce malgré une année 2018 record, après laquelle les entreprises sont encore en train de traiter les commandes, souvent avec des délais de 9 à 12 mois.

Croissance annuelle du PIB - variation annuelle en pourcentage

La tendance générale est positive et n'indique pas du tout une crise économique ou un ralentissement. Par conséquent, une question demeure : comment expliquer les discours et comportements contradictoires des décideurs quand les indicateurs classiques comme le PIB ne montrent aucun signe de crise ?

Les variations cycliques de l'économie ne répondent pas à cette question.

Trois raisons majeures peuvent donner des explications à ce constat et peser sur les perceptions : l'environnement politique mondial, l’influence de l'innovation technologique sur l'économie et l'inégalité de la répartition mondiale des richesses.

Les différends commerciaux sont au cœur de la scène politique mondiale : des tarifs douaniers excessifs engendrent une insécurité politique et économique.

Du Brexit à la guerre commerciale Sino-Américaine – par les temps qui courent, les dirigeants, politiques et salariés ont de nombreuses raisons de s'inquiéter de la mondialisation de l'économie. En cas de crise économique, il serait compliqué d'y remédier par la mise en œuvre d’un plan d’action coordonnant tous les pays du monde.

L'attitude naissante « Œil pour œil, dent pour dent " ne mène nulle part, de même que l'application croissante de tarifs douaniers punitifs, qui alimente l'escalade du conflit commercial en cours. En outre, le probable Brexit à venir, avec ou sans accord avec l'UE, plonge les entreprises et les consommateurs dans l’incertitude.  Le doute quant à savoir si un Brexit se produira est à peu près aussi perturbateur que l'événement en lui-même.

Dès lors, les dirigeants hésitent de plus en plus à investir dans l'innovation, le développement de leurs activités ou le recrutement, ce qui impacte l’économie mondiale sur le long terme.

L'innovation a toujours été l'un des principaux leviers de la croissance économique, dont les brevets sont les indicateurs phares. Aujourd'hui, les start-ups sont à la pointe de l'innovation grâce à des processus simplifiés, agiles et rapides ; le tout sans brevets déposés.

Désormais, pour mesurer l'innovation, il ne suffit pas d'examiner le nombre de brevets déposés ou les montants investis en R&D. Pour s’en faire une vision précise, il faut quantifier les idées et les services générés en analysant les nouveaux business models et les start-ups.

Les cadres des multinationales de tous les secteurs d'activité l'ont compris et tentent de plus en plus d'avoir accès à l'innovation en investissant dans des start-ups, dans la technologie ou en créant des incubateurs pour ces entreprises en croissance.

Avec l'essor du numérique, l'innovation technologique devient étroitement liée à l'interconnexion croissante des personnes et des objets - par le biais de l'Internet des objets (IoT), des entreprises de collecte de données et de la blockchain.

Par conséquent, un événement donné dans un secteur complètement différent aura des conséquences immédiates sur les activités d’autres entreprises en raison de leur interdépendance. Ainsi, les dirigeants sont de plus en plus prudents car ils craignent d'être touchés par les problèmes d'une autre industrie.

De ce fait, ils limitent leurs possibilités de croître à l’ère du numérique et d'évoluer sur de nouveaux marchés. De nos jours, les anciens leaders de l'innovation ont besoin d'incubateurs pour rester à la pointe, accéder aux nouvelles technologies et les mettre en œuvre au quotidien. La maturité technologique est donc intimement liée à l’innovation, une corrélation dont peu d’entreprises tirent les conséquences. 

Améliorer la répartition des richesses favoriserait la constitution d'une économie plus saine à l'échelle mondiale, ce qui permettrait de mieux appréhender l'environnement économique mondial et donc de réduire l'ampleur des crises futures.

Le niveau de bien-être global dans la société devrait être davantage pris en compte dans la mesure de la santé économique. La richesse mondiale, à savoir la croissance du PIB réel, n'est pas un indicateur suffisant car il ne reflète pas la répartition des richesses au sein de la société. Cependant, il existe des indicateurs qui mesurent l'égalité économique, par exemple le coefficient de Gini, utilisé par les Nations Unies (ONU) et la Banque mondiale. Ce chiffre compris entre 0 et 1 tient compte de l’équité de la répartition des revenus, de la richesse et des capitaux au sein de la population d'un pays - 0 représentant une société avec une répartition parfaite et 1 une société complètement inégale.

Dernièrement, le coefficient de Gini américain était de 0,41, tandis que ceux de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni étaient respectivement de 0,31, 0,32 et 0,33. Le coefficient de Gini le plus bas est attribué à l'Ukraine (0,25), tandis que le coefficient le plus élevé est attribué à l'Afrique du Sud, avec 0,63. En réduisant les inégalités qui entraînent une concurrence sociale malsaine, les gouvernements réduiraient par conséquent le stress chronique, augmentant ainsi le bien-être de leur population.

Un exemple pratique est le Bhoutan, qui a introduit un indice de bonheur qui mesure le succès des activités administratives du gouvernement. Comme résultat révélateur, au cours de la même période où l'indice de bonheur a augmenté, le PIB national du Bhoutan a augmenté de la même façon.

Cet indicateur est très utile aux spécialistes pour compléter le tableau donné par la croissance du PIB réel, lorsqu'on considère les pays développés. Elle ne change que de quelques dixièmes de points pour ces pays, alors qu'elle reste un indicateur fiable de la santé économique des plus pauvres, où la nourriture, le logement et l'eau potable demeurent des enjeux essentiels.

Un exemple récent de la façon dont l'inégalité des richesses peut diviser les populations est celui des feux en Amazonie : le gouvernement brésilien a refusé l'aide étrangère, arguant que s'il acceptait de l'aide, il serait contraint de cesser ses activités de brûlis, car elles polluent l'environnement. Selon lui, le Brésil ne pourrait alors jamais prétendre au succès économique que les grandes puissances comme l’Europe ou les Etats-Unis ont atteint en usant de méthodes non moins dégradantes pour l’environnement durant des décennies

L'instabilité de l'environnement politique actuel, le rythme soutenu de l’innovation et les inégalités économiques mondiales sont autant de raisons valables pour les dirigeants - comme pour tous les autres - d'être préoccupés par la situation et le développement économique.

Cependant, il n'y a pas de preuve factuelle qu'une crise économique arrivera bientôt. Au contraire : comme le montrent les taux de croissance du PIB mondial, l’économie est en bonne santé et continuera de croître dans les années à venir.

Par conséquent, les dirigeants et décideurs devraient se concentrer sur un développement international robuste, des processus solides et pensés pour le futur et la mise en œuvre de stratégies d'innovation pour améliorer et/ou maintenir un avantage concurrentiel dans leurs industries.

Chers dirigeants, attention à ne pas rejoindre le cercle des "décideurs qui ont peur de la peur des décideurs ".

Le défi sera de « barrer » pour faire naviguer vos entreprises à travers un avenir où certains indicateurs clés ont moins de poids, où les dynamiques auront changé, où les consommateurs seront connectés et auront une voix plus forte et où l'innovation jouera un rôle croissant et déterminant pour prospérer.

Il vous faudra une vision stratégique affutée pour diriger votre navire à travers une mer inconnue.

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